Le bouddhisme, une voie pour l’Occident?

Conférence de Michel Deprèay au Musée Royal de Mariemont le 8 mai 2011

 

I Bouddhisme ou « bouddhismes » ?

II Le bouddhisme suppose une pratique / Exemple de la méditation

III Définition du bouddhisme

IV Le Bouddha

V Où classer le bouddhisme ?

VI Le bouddhisme : une voie pour l’Occident ?

 

I Bouddhisme ou « bouddhismes » ?

Si je vous disais « Le bouddhisme n’existe pas », vous commenceriez sans doute par vous regarder les uns les autres en vous demandant ce que vous êtes venus faire ici.

Et vous n’auriez pas tort. Qui regarde un peu autour de soi, consulte la presse, les programmes de télé, n’échappe pas à cette évidence : le bouddhisme est bel et bien présent chez nous comme partout en Occident.

Si, devenus curieux, vous entrez dans une « bonne librairie » dans le but de vous informer, il est possible cependant que vous restiez perplexes.

Feuilletant successivement les ouvrages d’un maître tibétain, d’un maître thaïlandais, d’un maître japonais, il se pourrait que vous soyez déconcertés par la variété des discours, des pratiques, des rituels, le noir et blanc du bouddhisme zen et le technicolor du bouddhisme tibétain.

 

On a coutume de dire, à juste titre, que le bouddhisme, au fur et à mesure de son extension - à travers l’Asie d’abord, vers le monde occidental plus récemment - s’est adapté aux cultures et aux civilisations qu’il rencontrait en chemin. Et cela bien entendu n’est pas faux.

Le bouddhisme est né en Inde – pays dont il a pratiquement disparu pendant des siècles avant d’y connaître aujourd’hui à nouveau un certain essor. Sans caricaturer à outrance, on peut dire, globalement, que c’est au Sri Lanka et dans les pays du Sud-Est asiatique (Thaïlande, Laos, Cambodge, Birmanie) que l’on retrouve la forme de bouddhisme qui est restée la plus proche du bouddhisme indien des origines. On la désigne sous le nom de Theravada (« Doctrine des Anciens »). Au Japon, en Corée, au Vietnam, on rencontrera principalement des formes sinisées du bouddhisme, appartenant au Mahayana (« Grand Véhicule ») - un courant qui s’est développé en Inde sans doute dès le premier siècle de notre ère. Enfin, dans les pays de la chaîne himalayenne (Tibet, Népal, Sikkim, Bhoutan), mais aussi en Mongolie, on trouve une forme de bouddhisme marquée à la fois par les courants indiens mahayanistes et tantriques, appelée Vajrayana (« Véhicule du Diamant »).

 

Ainsi donc sont apparues au fil du temps différentes formes de bouddhisme.

Les aléas de l’histoire ont, dans la deuxième moitié du 20è siècle, envoyé sur les chemins de l’exil des millions de tibétains, vietnamiens, cambodgiens ; les soldats américains découvrent en 1945, au Japon, une forme de bouddhisme qui les séduit : le bouddhisme zen.

 

Toutes ces traditions si différentes, qui toutes trouvent leur source dans l’Inde du 6è s. avant JC, qui toutes se réclament de l’enseignement d’un homme appelé Bouddha, mais qui ont vécu parfois pendant des siècles dans une méconnaissance quasi totale les unes des autres, vont ainsi se retrouver côte à côte en Occident.

Nombre d’Occidentaux vont être attirés par les valeurs du bouddhisme (non-violence, sagesse, compassion, respect de la vie sous toutes ses formes, donc aussi de la nature et de l’environnement), inviter des enseignants, ouvrir des centres de pratique, publier des ouvrages inspirés par telle ou telle tradition.

Et votre perplexité à vous, qui cherchez dans cette « bonne librairie » l’ouvrage qui va vous aider à comprendre, votre perplexité donc, ne cesse de croître...

 

D’où ma formule de départ : « le » bouddhisme n’existe pas. Pour de nombreux commentateurs, bouddhistes ou non, c’est de « bouddhismes », au pluriel, qu’il faudrait parler.

 

Philippe Cornu, un des commentateurs autorisés du bouddhisme, présente les choses différemment, en insistant au contraire sur l’unité dans la diversité :

 

« On ne peut, écrit-il, parler de plusieurs bouddhismes, mais d'un bouddhisme multiforme. C'est, à mon sens, la preuve de l'adaptabilité mais aussi de la solidité et de l'unité fondamentale de la doctrine bouddhique. Ni fixé par un dogme, ni dilué au cours de sa longue histoire et de ses pérégrinations asiatiques, il se décline en une série de variations sur un thème majeur : l'émancipation de la souffrance par l'accès à l'Éveil spirituel. [Contentons-nous de considérer ici l’éveil comme un état de libération de l’avidité, de la haine, du moi égocentrique.] Et Philippe Cornu poursuit : Il [le bouddhisme] n'est donc pas plus "fait" pour l'Occident qu'il ne l'était pour les cultures asiatiques : il dépasse tous les comportements culturels, qu'il décrit comme autant de pièges illusionnants. »

 

On trouve dans ce bref passage une série de points importants sur lesquels nous reviendrons nécessairement en essayant de répondre à ces deux questions : Qu’est-ce que le bouddhisme ? Le bouddhisme, une voie pour l’Occident ?

 

À cette deuxième question, nous pourrions déjà répondre que le bouddhisme n’est pas l’expression d’une culture déterminée (il a donc une vocation universelle), mais que pour atteindre son objectif principal – l’émancipation de la souffrance – il s’appuie toujours sur les cultures locales. Pourquoi en irait-il autrement en Occident ?

 

Il est sans doute plus délicat de répondre à la deuxième question, « Qu’est-ce que le bouddhisme ? », surtout en présence de représentants éminents des diverses traditions dont je parlais à l’instant et qui pourraient, chacun à leur manière, faire une conférence sur notre sujet de ce jour, et l’aborder différemment.

Mon approche est très certainement marquée par la tradition zen à laquelle j’appartiens. Je compte donc sur la bienveillance de mes amis si je devais à leur sens m’égarer et je suis sûr qu’ils auront à cœur de corriger les approximations ou erreurs que je pourrais commettre en m’exprimant ici.